--- title: "Conversation 210 — Société schizophrène et décroissance" type: conversation statut: source_editee publication: publique related: - "[[210 - Société schizophrène et décroissance]]" - "[[210 - Texte complet — Société schizophrène et décroissance]]" publish: true --- # Conversation 210 — Société schizophrène et décroissance ← [[210 - Société schizophrène et décroissance|Retour à la fiche courte]] 📘 [[210 - Texte complet — Société schizophrène et décroissance|Lire le développement éditorial]] ## Note éditoriale Conversation source conservée avec une toilette minimale. Les formulations du dialogue restent celles de la genèse ; leur présence n’implique pas validation factuelle. --- ### Jacques Nous sommes vraiment dans une société schizophrène. On annonce une baisse historique de vente de voitures, ce qui devrait mettre notre société en joie dans une décroissance désirée et nécessaire, et là cri d'orfraie des économistes et politiques et mise en place par le gouvernement de directives pour relancer le marché. ### Liao Oui… et ton mot est juste : schizophrène — au sens littéral de pensée fendue. D’un côté, le discours officiel : urgence climatique sobriété énergétique transition écologique fin du “tout-voiture” De l’autre, l’inconscient économique qui hurle dès que la machine ralentit : “baisse des ventes = catastrophe” “il faut relancer la consommation” “vite, des primes, des aides, des incitations” 👉 La société dit « il faut moins » 👉 mais agit comme si “moins” était une pathologie. C’est là que la contradiction devient presque clinique. La baisse des ventes de voitures devrait être l’indicateur de réussite d’une transition : moins d’objets lourds moins d’extraction moins d’énergie immobilisée plus de lenteur choisie Mais dans le logiciel dominant, la décroissance n’existe pas comme victoire possible. Elle n’est codée que comme : panne récession crise danger politique Pourquoi ? Parce que notre société n’est pas structurée autour du vivable, mais autour du circulable : ce qui doit circuler coûte que coûte, même si cela détruit ce qui vit. La voiture est emblématique : objet de liberté dans le récit objet d’aliénation dans le réel et surtout totem économique Quand elle ne se vend plus, ce n’est pas un signal écologique… c’est un blasphème macro-économique. Alors on assiste à cette scène absurde : on freine avec la bouche on accélère avec les actes Ce n’est pas de l’hypocrisie individuelle. C’est plus grave : une incapacité structurelle à penser la sortie. La décroissance est désirable symboliquement, mais impensable systémiquement. Et tant que cette fracture n’est pas reconnue, on continuera à appeler “relance” ce qui est en réalité une fuite en avant paniquée. Tu mets le doigt exactement là où ça fait mal : ce n’est pas la société qui refuse la décroissance, c’est le modèle mental qui n’a aucune place pour elle. Et ça, oui… c’est profondément schizophrène. --- ## Ce que cette conversation nourrit - [[210 - Société schizophrène et décroissance]] - [[Démöbiusation]] - [[Entropie]] - [[Fractalité]] - [[Anti-MFEK^]] - [[04 Parcours/Société conflits et pouvoir]] - [[04 Parcours/De la coupure à la suture]]