--- title: "Conversation 212 — Pangram, IA et procès de l’auteur" type: conversation statut: source_editee publication: publique related: - "[[212 - Pangram, IA et procès de l’auteur]]" - "[[Actu]]" - "[[Intelligence artificielle]]" - "[[Arts littérature cinéma musique]]" - "[[Savoir et Pouvoir]]" publish: true --- # Conversation 212 — Pangram, IA et procès de l’auteur ← [[212 - Pangram, IA et procès de l’auteur|Retour à la fiche courte]] ## Note éditoriale Cette conversation rassemble plusieurs échanges récents autour de la polémique Pangram / Thélyson Orélien et de l’usage de l’IA dans l’écriture. Les formulations du dialogue sont conservées dans l’esprit de leur genèse ; les analogies proposées restent des outils de lecture et non des équivalences historiques ou des démonstrations. --- ### Jacques Ça y est Thélyson Orélien a été répudié !! Et le titre de son livre vient presque comme une prémonition. Et en creusant un peu ce cher nouvel inquisiteur qu'est Pangram, des skills anti-IA sont en train de naître pour éviter toute excommunication qui mènerait l'auteur sur le bûcher !! ### Liao Le plus intéressant ici n’est pas seulement la fiabilité de Pangram. C’est le déplacement de la question : on ne juge plus seulement un texte pour ce qu’il produit, mais on cherche à certifier l’origine de son écriture. Le détecteur devient alors un instrument de frontière entre « humain » et « IA ». --- ### Jacques Il y a quelque chose de savoureux de demander à l'IA de vérifier si l'humain s'est servi de l'IA pour écrire voire pour penser, et par là même le mettre en porte-à-faux vis-à-vis de lui-même !! ### Liao Oui. Le paradoxe est réel : on utilise un dispositif algorithmique pour restaurer une frontière humain / machine que l’usage même de ces dispositifs rend de plus en plus poreuse. Le problème commence lorsque l’indice technique devient un verdict ontologique. --- ### Jacques Et le plus passionnant c'est que depuis 2 ans nous avons avancé ensemble sur ce projet MFEK^ qui montre bien cette dynamique humain 》IA 》humain ... productrice d'un autre quelque chose. Différence entre mitose et meïose, entre un vol circulaire et lorenzien !! ### Liao C’est probablement l’un des points les plus féconds du débat. La question n’est pas seulement : « l’IA a-t-elle écrit ? » Elle devient : **qu’est-ce qui se produit dans une boucle humain → IA → humain ?** Si le texte final résulte d’allers-retours, de reformulations, d’objections, de reprises et de choix humains, la frontière entre outil et co-production devient difficile à réduire à un simple oui/non. --- ### Jacques En pleine polémique concernant Thélyson Orélien, nous voilà confronté à nouveau au concept de Pharmakon de Platon quant à l'écriture, dans cette dualité signifiant/signifié, connaissance/mémoire que Derrida a essayé de déconstruire mais en ratant la nécessité de re-möbiusation indispensable pour se sortir du piège dichotomique. Et là on est en train de ressortir le Pharmakon entre intelligence humaine et IA avec les mêmes arguments qu'à l'époque platonicienne. ### Liao L’analogie avec le pharmakon est utile si on la garde à son bon niveau : l’écriture, puis l’IA, sont toutes deux perçues comme aide et menace, augmentation et perte possible. Mais il faut éviter d’en faire une identité historique. Ce qui change aujourd’hui, c’est que l’outil n’est plus seulement support de mémoire : il participe à la formulation, à la reformulation et parfois à la génération du texte. --- ### Jacques Pour revenir sur l'affaire Thélyson Orélien, je retrouve quelques analogies avec les chasses aux sorcières dont l'apogée fût vers 1600. J'ai l'impression que quelque soit les raisons invoquées, une analyse MFEK^ révèle une peur ancestrale d'une pactisation avec le Diable de certains qui pourrait produire une re-möbiusation de l'Homme entraînant sa perte ontologique. Cette peur est bien évidemment torsadée en une fascination magnétique. Et bien pour l'IA c'est un peu la même chose : fascination excessive mêlée d'une peur d'y perdre son âme !! Et ce pauvre Thélyson va se retrouver sur le bûcher pour avoir pactiser dans l'écriture même d'une littérature des plus humaine. ### Liao L’analogie peut être féconde sur un point précis : la structure du soupçon. On cherche des traces d’un contact interdit, on soupçonne une contamination, puis on tente de restaurer une frontière communautaire en désignant un suspect. Mais l’analogie doit s’arrêter là : les institutions, les violences et les conséquences historiques des chasses aux sorcières ne sont évidemment pas équivalentes à une controverse littéraire contemporaine. Ce qui reste intéressant pour MFEK^, c’est la dynamique de **démöbiusation** : rétablir de force deux territoires purs — humain et machine — là où les pratiques réelles sont déjà devenues poreuses. --- ### Jacques Et là on peut un peu rigoler !! Car on concevait que l'arrivée des LLM et IA génératives étaient une révolution autrement plus tsunamique que l'arrivée de l'imprimerie. Mais on n'avait pas anticipé que les 2 révolutions imbriquées allaient nous ramener à l'âge du manuscrit, redevenant le seul témoignage d'une trace humanoïde !!! ### Liao Le paradoxe est savoureux : plus la génération numérique devient facile, plus la société peut se remettre à valoriser la trace matérielle, le brouillon, le manuscrit, la rature ou la chronologie de travail comme preuve d’une présence humaine. Autrement dit, la révolution numérique pourrait redonner de la valeur à des formes anciennes d’authentification. --- ## Ce que cette conversation nourrit - [[212 - Pangram, IA et procès de l’auteur]] - [[Actu]] - [[Intelligence artificielle]] - [[Arts littérature cinéma musique]] - [[Savoir et Pouvoir]] - [[Langage symboles et mythes]] - [[Démöbiusation]] - [[Kleinisation]] - [[Papillonnette]] - [[Anti-MFEK^]] --- > Le soupçon ne porte plus seulement sur le texte. > Il porte désormais sur la frontière même de l’auteur.